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CASAMANCE : L’insécurité retient 5000 réfugiés en Gambie

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Le retour des réfugiés Casamançais se heurte à la situation sécuritaire précaire qui règne dans cette partie sud du Sénégal. En Gambie par exemple, ils sont plus de cinq mille à un hypothétique retour de la stabilité avant de retrouver leurs terroirs respectifs. Plongée dans le quotidien de ces hommes, femmes et enfants bloqués entre Block et Kanilaï, le long de la frontière entre deux républiques.
On peut légitimement les appeler les oubliés de la Nation. Car, peu de Sénégalais sont conscients de la tragédie qui se joue de l’autre côté de la frontière, en Gambie avec des réfugiés, livrés à eux-mêmes, snobés par les autorités sénégalaises. « Depuis qu’on est là, aucune autorité sénégalaise n’est venue s’enquérir de notre situation », informe le président des réfugiés casamançais en Gambie. Moussa Coly se demande même si l’Etat est conscient que quelque part, des sénégalais chassés de leur pays par une situation qu’ils n’ont pas créé vivent loin de chez eux grâce à une solidarité qui leur fait perdre toute dignité. Ils sont 5 mille, peut-être même plus, à vivre cette situation au pays de l’ex dictateur, Sheikh professeur, docteur Yaya Abdu Aziz James Junkun, Babili Mansa Nasiru Din Jammeh. Ils ont tous au moins une chose en comme : c’est d’avoir fui pour échapper à la violence qui a élu domicile en Casamance, notamment dans le Fogny depuis des décennies. L’histoire du président des réfugiés casamançais en Gambie résume le destin de ces victimes du conflit casamançais. Jusqu’en 2006, Moussa Coly menait une vie tranquille à Kourame, dans le département de Bignona, non loin de la frontière. Mais, cette année-là, les affrontements armés ne laissent aucun choix aux populations de ce paisible village sinon que de partir. Une opération qui s’est faite dans la précipitation. « On avait fait plusieurs aller et retour en Gambie, mais en 2006, l’intensité des affrontements armés a jeté tous les villageois sur le chemin de l’exil ». Depuis lors, Moussa et ses compagnons d’infortune vivent loin de ce village qui les a vus naître et grandir. « Kourame s’est complètement vidé de ses populations », raconte-t-il, la mort dans l’âme. Comme ce village devenu fantôme, beaucoup de localités de la zone subiront le même sort. Ce sont donc des milliers de personnes qui ont été contraintes de traverser la frontière pour chercher une vie paisible, à l’abri des crépitements de balles et des dangers des mines enfouies dans le sol casamançais. Mais, pour éviter les errements des populations meurtries qui se sont retrouvées contre leur gré dans un pays qui n’est pas le leur, les réfugiés s’organisent. « Un an après mon arrivée, nous avons fondé Refugies sofora association ». Pour Moussa Coly, la mise en place de cette structure répond à une volonté d’aider les réfugiés à faire face aux difficultés d’une vie de réfugiés. Sur place, ils bénéficieront du soutien des autorités gambiennes et du HCR. « Cet accompagnement a abrégé nos souffrances », reconnaissent-ils en chœur. « Certains ont été hébergés dans des familles d’accueil, d’autres ont bénéficié de parcelles pour construire et/ de camps pour cultiver », nous informe-t-on. « Ils bénéficient de financements pour mener des activités génératrices de revenus. Les enfants sont scolarisés. Ils reçoivent des vivres et des aides financières etc. ». C’est en ces termes que se décline l’accompagnement des différents organes étatiques ou non étatiques de Gambie», si l’on en croit un des membres de « Gambia Food et nutrition association ». Seulement, Ansou Sagna reconnait que les réfugiés casamançais en Gambie doivent faire face à d’autres difficultés liées à la faiblesse des récoltes à cause de l’asséchement des sols, à l’accès à l’eau potable et au problème d’adaptation des enfants. Ce qui inspire la réflexion suivante à Moussa Coly : « On n’est jamais mieux ailleurs que chez soi ». Au-delà d’une remarque, il s’agit là d’une interpellation. Car, le retour à la maison, les réfugiés qui sont enregistrés dans plus de 80 villages en Gambie, l’envisagent réellement. Seulement, des obstacles majeurs se dressent devant cette volonté largement partagée. « Il faut régler un certain nombre de préalables avant le retour ». Cette doléance a été fortement exprimée ce jeudi devant les membres du groupe de réflexion pour la paix en Casamance (Grpc). Ce que les réfugiés attendent de Robert Sagna et de ses collaborateurs qui ont effectué le déplacement à Block, c’est qu’ils soient leurs interprètes auprès du gouvernement. « C’est la première fois que des personnalités sénégalaises de haut rang viennent jusqu’ici pour nous manifester leur compassion, nous écouter, s’enquérir de notre situation et nous encourager », rapportent les réfugiés rencontrées à Block dans le cadre d’un forum organisé par le Grpc. Cette rencontre a été un moment de retrouvailles, de partage et de réflexion avec des frères et sœurs qui vivent avec le mal du pays. Les réfugiés ont profité de l’occasion pour réclamer des bourses de sécurité familiales. « Nous sommes des sénégalais et nous y vivons dans une situation de précarité dans un pays étranger », tente de justifier Moussa Coly. Ce dernier et ses camarades qui vivent chaque jour désormais avec l’espoir de retrouver les leurs attendent avec impatience la signature d’un accord de paix définitive, le déminage de leur localité, le désarmement entre autres, pour réaliser enfin le rêve d’un retour au pays natal. Des préoccupations que Robert Sagna est chargé de transmettre au gouvernement. En attendant, le Grpc a invité les réfugiés à se joindre à l’effort de paix pour ensemble créer les conditions d’un rétablissement de la paix et permettre à ces hommes, femmes et enfants, obligés un jour de s’en aller contre leur volonté de retrouver leur sénégalité, perdue pour certains, surtout les plus jeunes. Pour le moment, tous partagent le même destin au-delà des limites géographiques de leur Casamance qui leur manque tant: avec Lesquels vivant l’indifférence totale des autorités sénégalaises.
Mamadou Papo MANE

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